serge mouraret, photographe

"Lorsque la nature sauvage aura disparu, il conviendra d'aller chercher l'aventure au coeur des plus grandes cités." K. Blixen


"Once the wildlife is gone, the next biggest thrill will be able to be found in the middle of the biggest cities." K.B. (special thanks to Peter Beard)

Hier, quitté Marseille. La nuit sur le bateau, la solitude, les rencontres, la couchette qui vibre au rythme des moteurs. Au matin, debout dès l'aube, le café pris au bar avec un vieux qui revient de France, pélerinage sur la tombe de son père tombé en 1944 du côté de Saint-Jean de Maurienne et puis à travers les vitres tachées de sel et d'embruns, les lumières de la côte. Le coup au coeur. Alger. Poser le sac à l'hôtel et marcher dans les rues qui s'animent. En quelques heures, vouloir "bouffer" Alger. Et se faire bouffer.
Un voyage immobile. Dans le mythe. Celui du voyage, du grand hôtel un peu défraîchi mais qui fait encore illusion, dans une ville qui génère ses propres illusions et sa légende, passé et actuelle, dans un port où l'on voit moins de mouettes que de pigeons mais plus de bateaux qu'à Marseille. Un voyage immobile. Dans ma chambre. Parce que le voyageur transporte, toujours et partout, son propre monde, ses propres rêves et toutes ses illusions et s'abrite derrière eux. Alors, je pose la question, est-ce que voir Alger de sa chambre n'est pas, quand même, voir Alger ?
VOYAGER v. i. (de voyage) 1. Faire un ou des voyages, partir ailleurs, dans une autre région, un autre pays: Aimer voyager à l'étranger. - 2. Faire un parcours, un trajet (de telle façon): Voyager en première classe. - 3. Être transporté en parlant de choses, d'animaux: Denrées qui voyagent en camion frigorifique. (Grand Larousse en 5 volumes)
"Rien de plus inutile que le voyage, diront certains. C'est la destination qui compte !" Tout comme Dan Eldon, j'affirme pour ma part que "the journey is the destination". Qu'importe l'on va, l'important c'est le temps que l'on passe à rejoindre cette destination, le trajet que l'on effectue à cette occasion, les gens que l'on rencontre, les sentiments que l'on a... Ma vision du voyage rejoint en somme celle que le regretté Alphonse Boudard avait de l'amour: "Le meilleur moment, c'est quand on monte l'escalier"!
"Il pleut des vieilles dames et des morceaux de bois" énonce un dicton gallois. On ne pouvait trouver plus juste pour qualifier les conditions météorologiques qui ont accompagné ce voyage à Cardiff. Pluie, froid et vent, le temps était en accord avec l'environnement urbain de notre dérive. Il était aussi l'excuse rêvée pour que les voyageurs trempés et frigorifiés trouvent refuge dans les nombreux pubs qui jalonnaient leur route...
Assis devant un demi- pression, dans la nuit qui avançait, elle me racontait "DK". Dunkerque où elle étudiait. Elle me disait la plage de Malo-les-bains où l'on croisait parfois Souchon, les cafés et les bières, les bateaux au port et les marins sans travail, les usines aux portes closes, déjà ruines, finissant de crever sous les coups de boutoir des bulldozers et des pelleteuses mécaniques. Les chantiers navals de la Normed, la Solac et le quartier de Saint-Pol... je songeais qu'il faudrait bien qu'un jour, moi aussi... C'était il y a quinze ans.
Le Sud est depuis plus de vingt ans une de mes sources d'inspiration. Les îles, les ports, les bateaux, et toujours le voyage envisagé comme un mode de vie. Une curiosité de l'oeil qui ne s'attache surtout pas aux "curiosités" que citent les guides mais, tout au contraire, qui privilégie la "banalité" des situations et des lieux.
Copies conformes déshumanisées, parfois décapitées, visages aux traits lisses, trop lisses, regards inexpressifs perdus dans le vide, indécence et violence de ces créatures enfermées dans un genre de peep-show urbain, et selon l'heure emprisonnées derrière des grilles... je cède souvent à la tentation de fixer ces simulacres.
Dans les rues, sur les murs, partout les images existent, oeuvres "naturelles " aux multiples auteurs. Il suffit alors au photographe de se laisser guider par les formes et les couleurs, par les mots ou par les lettres et le "tableau" prend forme dans le viseur de son appareil.
Un travail où la quête des ambiances le dispute à la photographie d'architecture. Un voyage à travers les rues et les quartiers d'une ville en complet renouvellement, multiple et attachante.
London calling to the faraway towns / Now war is declared and battle come down / London calling to the underworld / Come out of the cupboard,you boys and girls / London calling, now don't look to us / Phoney Beatlemania has bitten the dust / London calling, see we ain't got no swing / 'Cept for the reign of that truncheon thing
La première fois, je suis venu à Berlin en voisin, curieux et un peu inquiet. J'ai découvert la ville en promeneur émerveilléet comme une éponge, je l'ai absorbée, perméable à toutes les images, ouvert aux rencontres.
Une journée "volée" au cours d'un voyage. Un dimanche comme un autre au bord de l'océan. Pas de commande, pas d'impératifs, juste des images "comme ça", pour le plaisir du cadrage, entre ready-made et jeux de couleurs.
Quand, au mois de décembre, la nuit tombe sur Marseille, les images d'Epinal s'estompent dans le vent froid. Marius prend la démarche inquiétante des trimardeurs des quais et Fanny, trop fardée, fait le pied de grue du côté de l'Opéra.
Un voyage insolite tout au long de la rive nord du lac Léman, le parti pris de vouloir traduire la variété des paysages urbains sans quitter l'abri de son véhicule. Un long travelling cinématographique, en mode "image par image".
Première "livraison" d'images en couleurs d'une ville que je "sens" plus en N&B. Une approche plus impliquée dans le XXIe siècle que celle qui avait été la mienne durant les quatre premières années de mon travail sur Berlin.
Dans la droite ligne des Carnets de vie réalisés au quotidien, ces carnets de route accompagnent une dérive photographique au long d'une voie de chemin fer oubliée. La Ligne de l'Est.
Un travail de mémoire et une tentative de relecture de l'Histoire à travers des yeux d'enfants. Le D-day revisité, loin des cérémonies clinquantes et des cartes postales en couleurs.
Un voyage au coeur d'une des traditions carnavesques du nord de la France. Dans les cafés et les brasseries, dans la rue, jeunes et vieux, hommes et femmes se mélangent dans une joyeuse promiscuité. C'est gai, libérateur, et surtout pas glauque.
Je ne suis pas photographe de paysages, pourtant j'ai eu envie de photographier la Corse. Rodé à la quête des traces et de la violence intrinsèque des lieux, j'ai trouvé mon compte dans l'île de beauté.
Images "souvenirs" shootées en marge d'un reportage de guerre, snaphots pour une sorte de carnet de voyage, des photographies qui ne veulent rien démonter, juste des instants volés à la pression de l'actualité.
Après des années de récession industrielle qui avaient vu le port et ses habitants mis à genoux, la cité phocéenne reprenait lentement goût à la vie. Une tentative de portrait fragmenté d'un ville du Sud, ouverte sur la mer et les cultures méditerannéenne.
Des images rapportées de deux voyages très rapprochés en décembre 1991 et avril 1992 dans une ville en proie à la restructuration imposée par la chute de Mur et l'ouverture du rideau de fer. La Glasnost n'était pas facile à vivre pour les anciens citoyens soviétiques.
La Grèce, comme un pays du Sud. Les ports, les bateaux, la mer. Les villes écrasées de chaleur, les chiens errants et le temps comme arrêté. Le choix du noir et blanc pour éviter les anecdotiques murs blanchis à la chaux et le bleu du ciel.
Des journées entières passées à marcher dans les rues, des quartiers nord jusqu'au Pirée, des halles de Monistiraki aux collines du Lycabète et de Strephi. Sans impératif professionnel, le photographe amoureux se laisse guider par ses envies et l'atmosphère des lieux.
Le Voyage, pratiqué pour l'occasion en famille, sert une fois encore de prétexte à des bricolages photo-graphiques. L'occasion rêvée de recycler d'anciennes images tout en mêlant, au fil des pages, vie privée et actualité choisie, en toute liberté.
Quand le voyageur continue à tenir au quotidien ses carnets de vie, dans une ville qui n'est pas la sienne. Les mots et les images s'emmêlent et s'entassent pour livrer à la fois un portrait palimpseste d'une ville toujours en devenir et un autoportrait de l'auteur.

Dernière mise à jour : mardi 6 mai 2008 (14h39)

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