VOYAGER v. i. (de voyage) 1. Faire un ou des voyages, partir ailleurs, dans une autre région, un autre pays: Aimer voyager à l'étranger. - 2. Faire un parcours, un trajet (de telle façon): Voyager en première classe. - 3. Être transporté en parlant de choses, d'animaux: Denrées qui voyagent en camion frigorifique. (Grand Larousse en 5 volumes) Quant au voyageur, le dictionnaire le définit comme une "personne qui fait un trajet en empruntant un transport en commun" ou "qui se déplace souvent hors de son pays, de son lieu de résidence, qui a l'habitude de voyager". Si tout n'est pas dit dans ces lignes, c'est que les auteurs de dictionnaires sont des gens pragmatiques. Ce qui leur manque le plus, c'est le rêve. Cette capacité dont sont dotés la plupart des voyageurs - je ne parle pas là de ceux "qui vont quelque part" mais de ceux qui sont capables de voyager là où la majorité ne voit que des lieux à éviter. Combien de fois ai-je entendu, et bien d'autres avant moi, "Mais pourquoi allez-vous là-bas ?", ou bien "N'y allez pas, il n'y a rien à voir!", quand ce ne sont pas les "indigènes" qui contemplent d'un oeil dubitatif, voire rapidement soupçonneux, le voyageur. Mais on ne voyage pas seulement pour voyager, on voyage aussi pour de multiples autres raisons, toutes aussi personnelles les unes que les autres - je parle là du voyage inutile, du voyage qui, comme l'écrivait François Maspéro dans "Les passagers du Roissy-Express" , " qui ne tient pas la route". Je laisse ici de côté les déplacements professionnels ou à caractère obligé (quoique parfois...). Le propre des voyages, pour qui voyage seul, ou en comité réduit - à deux par exemple, pour le voyage amoureux ou le voyage avec la compagne ou le compagnon de rencontre (qui peut d'ailleurs devenir, à son tour, voyage amoureux)-, c'est d'évoquer d'autres voyages. Tout comme le propre des lieux nouveaux, c'est souvent, pour le voyageur, de faire ressurgir la mémoire d'autres lieux, d'autres gens, d'autres histoires. Je me permets de citer encore une fois François Maspéro. Dialogue choisi : "Tu me fatigues avec tes souvenirs, dit Anaïk. - Mais, dit François, à quoi servent les voyages si ce n'est à évoquer des souvenirs?" |